La valorisation des acquis de l’expérience (VAE) permet d’obtenir un diplôme professionnel sans passer par l’école… mais non sans efforts. L’enjeu est important pour l’économie comme pour les salariés, surtout dans une perspective de sécurisation des parcours professionnels. Réussir une démarche de VAE nécessite des conseils et un accompagnement qui doivent être mieux pris en charge par les employeurs. État compris.
Michel* travaille dans une entreprise nationale du secteur de l’énergie. Il y est rentré avec un CAP de chaudronnerie. Michel a pu y suivre des formations « maison », mais il a fait le choix, après le vote de la loi de 2002, d’entamer un parcours de VAE (validation des acquis de l’expérience) pour obtenir baccalauréat professionnel mention « équipements et installations électriques ». Manière de faire acter, pour lui-même d’abord, les compétences acquises par l’expérience et des formations d’entreprises a priori plus utilitaires. Manière aussi, pour lui qui n’avait pas « de bons souvenirs » de sa scolarité, de prouver qu’il avait, dans un cadre non scolaire, atteint un niveau certain.
Un investissement lourd qui nécessite un accompagnement
Michel a choisi d’être accompagné : c’est le plus souvent une condition indispensable pour la réussite d’un projet de VAE. Christine, conseillère VAE au sein du dispositif académique de validation des acquis (DAVA) d’Amiens l’a accompagné, comme elle accompagne des candidats allant du CAP petite enfance au BTS. « Les candidats ont plutôt tendance à se sous-évaluer », précise-t-elle. Mais elle ajoute : « Pour les préparer, je me réfère constamment aux référentiels des métiers. Ils sont rarement à 100% du référentiel, plutôt à 70 ou 80%. »
Le dossier n’est pas une formalité : en fonction du diplôme visé, il faut rassembler les éléments permettant de vérifier que les compétences requises, les démontrer, participer à un entretien avec un jury. Michel le reconnaît lui-même : « Ça m’a pris une année. C’est un investissement très lourd. » En fait, la VAE correspond au principe selon lequel on descend de vélo pour se regarder pédaler : « Le seul fait d’écrire et de dire ce qu’on fait au travail aide à prendre conscience de son parcours », note Christine dont le métier, un peu nouveau, tient du responsable ressources humaines, du conseiller personnel et repose sur une logique de sur-mesure. L’obtention de son bac pro a été un atout pour Michel. Il est devenu agent de maîtrise et a pu choisir entre plusieurs propositions de poste. Et il a entamé, du coup, une nouvelle procédure de VAE dans l’optique d’obtenir un BTS d’électrotechnique, avec cette fois une participation financière de l’employeur.
Un parcours de qualification différent
Pour l’économie comme pour les salariés, surtout dans une perspective de sécurisation des parcours professionnels, la formation, l’éducation tout au long de la vie est une nécessité. Les évolutions technologiques, parfois foudroyantes, le choix aussi d’une société de la connaissance y conduisent. Mais l’activité humaine elle-même, notamment mais pas seulement l’activité professionnelle, permet de développer des compétences, d’accroître ses connaissances.
C’est pourquoi, la VAE diffère de son ancêtre, la validation des acquis professionnels (VAP) de 1985. La VAE, en effet, ne se limite pas aux acquis de l’activité professionnelle. Elle permet de prendre en compte, en justifiant de trois ans d’expérience là aussi, l’expérience acquise comme bénévole. Un encadrant associatif (intervenant ou responsable) peut, indépendamment de sa situation professionnelle, acquérir des compétences parfois très pointues.
Avec la VAE, il s’agit de savoir si l’intéressé a acquis les compétences et connaissances requises pour obtenir un diplôme ou une certification professionnelle. Le jury peut décider de valider totalement ou partiellement le diplôme et, éventuellement, demander qu’il y ait une formation complémentaire pour les éléments non encore valider.
L’Etat devra faire un effort financier pour ses salariés
Si le premier entretien est gratuit, l’accompagnement a un coût (qui peut représenter 1000 euros pour un diplôme de l’enseignement technologique ou professionnel). Dans le secteur privé, il peut être pris en charge par un employeur ou un organisme paritaire de branche (OPCA). Le nouveau droit individuel à formation (DIF) ouvre des perspectives dans la fonction publique, avec le crédit de 20 heures cumulables sur six ans. Mais, si l’on veut que la VAE se développe, pour les personnels aussi, il faudra y mettre les moyens.
Les moyens pour les salariés, mais aussi pour les fonctionnaires eux-mêmes. Le temps des manches de lustrine et du travail répétitif est révolu. La reconnaissance des qualifications acquises (par l’activité professionnelle ou personnelle) doit être rendue possible. Certes, obtenir un diplôme ne garantit pas une promotion (un enseignant de type certifié qui obtient une maîtrise ne devient pas agrégé ipso facto), mais, au plan individuel comme au plan collectif, c’est un outil pour faire reconnaître la réalité des requalifications acquises par la pratique, les échanges et les formations quel qu’en soit le cadre.
La VAE, par elle-même, est un processus de formation. Un processus pour la réussite duquel le conseil et l’accompagnement sont essentiels et doivent être mieux pris en charge par les employeurs. État compris.
* Le prénom a été changé.
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L’essentiel de la loi du 17 janvier 2002 La loi de modernisation sociale du 17 janvier 2002 a consacré son chapitre 4 à la VAE.
Les articles suivants ont modifié les codes du Travail et de l’Éducation :
Article 133. — Toute personne engagée dans la vie active est en droit de faire valider les acquis de son expérience, notamment professionnelle, en vue de l'acquisition d'un diplôme, d'un titre à finalité professionnelle ou d'un certificat de qualification figurant sur une liste établie par la commission paritaire nationale de l'emploi d'une branche professionnelle, enregistrés dans le répertoire national des certifications professionnelles ».
Article 134. —Les diplômes ou les titres à finalité professionnelle sont obtenus par les voies scolaire et universitaire, par l'apprentissage, par la formation professionnelle continue ou, en tout ou en partie, par la validation des acquis de l'expérience. La validation des acquis produit les mêmes effets que les autres modes de contrôle des connaissances et aptitudes. Peuvent être prises en compte, au titre de la validation, l'ensemble des compétences professionnelles acquises dans l'exercice d'une activité salariée, non salariée ou bénévole, en rapport direct avec le contenu du diplôme ou du titre. La durée minimale d'activité requise ne peut être inférieure à trois ans.
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