L'UNSA Education auditionnée par la commission sur le métier d'enseignant
Date: 04 octobre 2007 à 16:46:04 CEST
Sujet: Education


Le secrétaire général de l'UNSA Education a été auditionné par la commission sur le métier d'enseignant mercredi 3 octobre. Accompagné d'une délégation de l'UNSA Education, Patrick Gonthier a précisé que la fédération, ses syndicats et en premier lieu le SE-UNSA, participeront donc à cette réflexion de façon constructive. Dans son intervention, il a insisté sur la nécessité de revaloriser la profession, de redéfinir le service des enseignants, de développer les compétences professionnelles par la formation etc. L'UNSA Education a vivement souhaité que les conclusions et propositions de la commission présidée par Marcel Pochard soient soumises à concertation avec les syndicats et fédérations.

Commission sur le métier d'enseignant: audition de l'UNSA Education

Mercredi 3 octobre 2007

"Notre fédération, l’UNSA Education, se félicite de la mise en place de cette commission sur le métier d’enseignant. Les défis que doit aujourd’hui relever notre système éducatif conduisent à une évolution des missions et des conditions d’exercice des enseignants. La fédération, ses syndicats et en premier lieu le plus directement concerné, le SE-UNSA, participeront donc à cette réflexion de façon constructive. Votre commission débute ses travaux dans un contexte marqué par la multiplicité des annonces concernant l’éducation, son organisation, ses personnels et les moyens dont elle dispose. Cette profusion d’annonces est source d’inquiétude et de confusion, tant elles semblent parfois anticiper sur vos conclusions. 

Des défis à relever
Le premier grand défi est celui de la démocratisation de l’Ecole et de l’élévation du niveau général de qualification. Il y a obligation de donner à tous les jeunes toutes leurs chances de réussite et d’insertion dans la vie sociale et professionnelle. Malgré les critiques dont elle fait l’objet, l’Ecole a su évoluer pour s’adapter aux transformations de la société. Les dernières décennies ont été marquées par l’allongement de la scolarité à 16 ans, la mise en place du collège unique, la massification des publics des lycées et des universités, le développement des BTS, la création des baccalauréats professionnels et, plus récemment, des licences professionnelles qui offrent des débouchés nouveaux au-delà du « bac+2 ». 
Ces mutations ont conduit les enseignants à faire évoluer leurs pratiques pour s’adapter à des publics nouveaux et des exigences nouvelles. Les succès sont incontestables : le nombre de bacheliers a doublé entre 1985 et 1995, 42% des jeunes achèvent leur formation initiale avec un diplôme de l’enseignement supérieur. La politique de démocratisation scolaire conduite à la fin des années 80 a amélioré considérablement la qualité de l’insertion professionnelle des générations qui en ont bénéficié. Mais des progrès importants restent à accomplir. L’échec lourd est encore trop important et touche essentiellement les milieux très défavorisés. On ne peut plus accepter de laisser sortir de l’école 150 000 jeunes sans diplôme ou qualification. La société de la connaissance définie dans la stratégie de Lisbonne impose aux pays européens de porter à 50% la proportion d’une classe d’âge diplômée de l’enseignement supérieur au niveau L (licence) : nous en sommes encore loin. Cet enjeu est déterminant pour notre pays. 

Au fil des années, des tâches nouvelles sont venues s’ajouter aux missions traditionnelles d’enseignement, sans être prises en compte dans la définition du service des enseignants. La mission d’orientation par exemple prend une place de plus en plus importante aux côtés notamment des conseillers d’orientation psychologues. La demande d’aide éducative s’est accrue dans le cadre de l’institution. La suppression massive d’emplois d’adultes (aides-éducateurs, étudiants-surveillants) a eu des conséquences négatives sur l’encadrement des élèves. Le développement des projets collectifs et des partenariats implique un temps de concertation qui n’est pas reconnu. La présence de publics nouveaux a accru l’hétérogénéité des classes. La dégradation du climat des classes est souvent évoquée par les professeurs comme un frein à l’exercice de leur métier, qu’ils conçoivent souvent, dans le 2nd degré, d’abord du point de vue de la transmission d’une discipline. Autant de facteurs qui contribuent à ce que certains qualifient de « malaise enseignant » et auquel votre commission devra, sans aucun doute, apporter des réponses.
Le deuxième défi est celui de la citoyenneté. De l’Ecole, on attend qu’elle donne à chacun les armes de la citoyenneté, celles de la conscience critique, celles de la participation active à une République qui puise sa force dans l’engagement de ses citoyens. Dans une société marquée par l’individualisme ou la tentation du repli communautariste ou identitaire, plus que jamais, l’Ecole publique doit être le lieu de la construction du futur citoyen, de l’apprentissage du « vivre ensemble » et des valeurs républicaines. Au premier rang de celles-ci figure la laïcité, garante de la liberté de conscience, de l’égalité et de la solidarité. L’enseignant doit être un « formateur de citoyenneté ». 
Le troisième défi majeur est celui du renouvellement massif des corps d’enseignants dont le processus a commencé et se poursuivra dans les prochaines années. Les départs massifs à la retraite imposent des recrutements dans tous les corps. L’attractivité des rémunérations et des conditions d’exercice sera déterminante face à la concurrence d’une demande croissante de diplômés dans le secteur privé dans un vivier actuellement insuffisant. Par ailleurs, les étudiants doivent pouvoir compter sur une programmation à moyen terme des recrutements. Des procédures de pré-recrutements seraient aussi incitatives, sous forme d’allocation d’études par exemple.  

Avant d’aller plus loin, il nous semble nécessaire de rappeler deux principes fondamentaux :
D’abord l’affirmation du principe constitutionnel qui fait devoir à l’État  d’assurer « l’organisation de l’enseignement public gratuit et  laïque à tous les degrés » sur tout le territoire. L’École,  pour notre fédération, n’est pas un service public comme les autres. Elle a, dans notre pays, partie liée avec la République : sans elle pas d’École pour tous ; sans École, la République est privée de son ambition émancipatrice et libératrice.
C’est donc à l’Etat d’assurer le recrutement et la gestion statutaire des personnels, la répartition des moyens affectés à l’éducation afin de permettre l’égalité d’accès au service public, le contrôle et l’évaluation des politiques éducatives.
Ensuite, l’unicité du métier d’enseignant au-delà des lieux et de la diversité des situations où il s’exerce. Avec l’appui de sa fédération, le SE-UNSA a défendu l’unification progressive de l’ensemble des catégories d’enseignants, sur la base d’un même niveau de recrutement, d’un même lieu de formation, d’une même échelle de rémunération. Dans ce cadre, la technicité, comme la spécificité de certaines conditions d’exercice ou d’emploi, doivent être reconnues financièrement (bonifications indiciaires, indemnités) et/ou en termes d’aménagement de service. Il ne peut y avoir de retour en arrière. Il faut au contraire aller plus loin vers la construction d’un corps unique d’enseignants. 

Quelles évolutions du métier pour répondre à ces défis ? 
Le socle commun de connaissances et de compétences est pour l’UNSA Education un levier essentiel pour l’évolution du système éducatif. L’Ecole a désormais l’obligation de faire acquérir à tous les élèves, à l’issue de la scolarité obligatoire, non seulement des connaissances, mais des capacités et des attitudes. Ce socle est décliné en sept domaines de compétences qui ont un caractère transversal aux disciplines, sans s’y substituer. Les 6e et 7e piliers portent sur les compétences sociales et civiques et sur l’autonomie et l’esprit d’initiative. Cette nouvelle approche conduit à une autre vision plus large que la seule transmission de savoirs et nécessite une formation spécifique.
La mise en œuvre du socle s’accompagne également d’un renouvellement du regard porté sur la performance scolaire des élèves. Il ne s’agit plus seulement de « noter » mais d’apprécier dans un continuum pédagogique la progressivité dans la maîtrise des connaissances et des compétences. Il devra s’ensuivre un renouvellement des pratiques d’évaluation pour lesquelles les professeurs devront être formés.

Prendre en compte la diversité des élèves
Il n’est pas possible de prétendre faire réussir tous les élèves sans prendre compte leur diversité. Les besoins éducatifs particuliers de certaines populations d’élèves (élèves en situation de handicap, élèves de milieux socio-culturels défavorisés, élèves migrants, élèves intellectuellement précoces, élèves présentant des difficultés d’apprentissage) appellent des adaptations pédagogiques et donc une formation adaptée pour tous les enseignants. Le socle commun inscrit le collège dans la continuité d’une formation commune pour tous les élèves. Il doit donc accueillir les élèves dans une structure unique, avec la possibilité de mettre en oeuvre une pédagogie différenciée, une prise en charge personnalisée plus souple tenant compte de la diversité des élèves. Les enseignants doivent être préparés à la gestion de classes hétérogènes. 

Prévenir et traiter la difficulté scolaire
Les réponses à apporter dans ce domaine sont à l’initiative des écoles et des établissements, avec le soutien des autorités hiérarchiques ; elles touchent aussi bien à l’organisation qu’aux pratiques pédagogiques. Il est désormais admis qu’à quelque niveau que ce soit de la scolarité, le recours à un travail en petit groupe d’élèves avec des pédagogies adaptées permet un traitement efficace de la difficulté. Ce petit groupe pourra prendre la forme d’un atelier de langage à l’école maternelle, d’un groupe de besoin en élémentaire comme au collège auxquels pourront s’adjoindre des dispositifs de soutien, tels que les PPRE (programmes personnalisés de réussite éducative). On sait aussi que la pédagogie de projet représentée dans des travaux interdisciplinaires constitue un moyen efficace pour donner du sens aux apprentissages mais aussi pour traiter leur acquisition de façon différenciée. 

Travailler en équipe
Le travail en équipe est un levier d’amélioration des pratiques pédagogiques. Il permet la confrontation des pratiques et les échanges d’expériences, l’élaboration et la conduite de projets collectifs. Il est nécessaire à la mise en place d’action de soutien individualisé des élèves.
C’est pourquoi, l’UNSA Education est favorable à la création du conseil pédagogique dans les collèges et les lycées. Outre la concertation et la réflexion pédagogique qu’il est chargé d’animer, sa mission essentielle est d’élaborer, en liaison avec les équipes pédagogiques, la partie pédagogique du projet d’établissement et de proposer les expérimentations à mettre en œuvre. Le projet d’établissement dont la cohérence est assurée par le chef d’établissement est le cadre général dans lequel s’exerce l’autonomie de l’Etablissement Public Local d’Enseignement (EPLE).
Mais il serait réducteur de limiter le travail en équipe aux seuls enseignants, aux conseillers d’orientation et psychologues scolaires, aux conseillers principaux d’éducation (CPE) ou encore aux personnels de direction. Au sein des équipes éducatives, chacun, qu’il soit personnel social ou de santé, administratif, TOS, assistant d’éducation…apporte sa contribution à l’action éducative.
Dans l’intérêt de l’enfant, une coopération active s’impose entre les parents et les équipes éducatives. Là aussi, une formation est indispensable.  

Assurer la continuité éducative
Pour faciliter la liaison école/collège, il est nécessaire, à partir des stages de liaison, de systématiser la coordination et le suivi des élèves. Au-delà, il faudrait pouvoir pratiquer des échanges de service et des interventions croisées des enseignants. Ce qui a été mis en place pour les réseaux ambition réussite constitue une piste intéressante, à développer.
Une autre transition importante, celle entre l’enseignement scolaire et l’enseignement supérieur, quelle qu’en soit la forme, est un nouvel enjeu. Plus généralement, pour l’UNSA Education, la formation initiale doit permettre aux jeunes de s’inscrire dans une perspective évolutive d’éducation et de formation tout au long de la vie, y compris s’agissant des modalités et logiques d’évaluation.  

Evaluer pour améliorer
L’évaluation des enseignants, mais au-delà des écoles et établissements, est l’une des données permettant d’améliorer l’efficacité du système éducatif. Son objectif principal doit donc viser à améliorer les pratiques individuelles et collectives. L’évaluation doit être formative. Pour la fédération UNSA Éducation, l’évaluation individuelle d’un enseignant ne saurait être dissociée d’une évaluation collective, prenant en considération la spécificité de l’école ou de l’établissement. L’évaluation doit être régulière et déboucher sur des conseils ou des actions de formation. Les critères d’évaluation doivent être transparents et connus des enseignants.
Pour la fédération UNSA Éducation, le système actuel de notation traduit de façon discutable l’évaluation des personnels. Pour nous, il devra être remédié à l’aspect inéquitable de la notation dû à la diversité des pratiques et à la multiplicité des notateurs par des critères de notation stables et connus de tous, des évaluations régulières, une homogénéisation des pratiques d’inspection. En outre, la fédération UNSA Éducation est hostile à tout dispositif qui introduirait des critères arbitraires pour la mesure de la valeur professionnelle ainsi qu’à leur prise en compte pour le déroulement de carrière ou pour toute opération de gestion. Au-delà de l’évaluation, les corps d’inspection jouent un rôle essentiel pour garantir la cohérence et l’efficacité des politiques éducatives. 

Développer les compétences professionnelles par la formation
Les évolutions de l’enseignement et de la société imposent, nous venons de le voir, de nouvelles exigences aux enseignants. Le nouveau "Cahier des charges de la formation des maîtres" assorti du référentiel des compétences professionnelles des maîtres constitue un progrès. Il ancre la formation initiale des professeurs dans une logique de professionnalisation qui est censée démarrer en amont du concours de recrutement et se poursuit pendant deux années après l’année de professionnalisation. La volonté du respect des rythmes et des besoins des nouveaux professeurs ainsi que l’accompagnement renforcé des stagiaires devrait favoriser une maîtrise plus rapide des fondamentaux du métier d’enseignant. Le contexte de renouvellement massif des enseignants doit être une opportunité pour faire évoluer la formation, formation qui devrait être validée par un master.
Mais cet effort de formation ne peut se limiter aux nouveaux enseignants. Les compétences professionnelles accrues exigées par les évolutions du métier concernent tous les enseignants. À toutes les étapes de la carrière, la formation continue devra articuler les aspects disciplinaires, didactiques et pédagogiques sans oublier la formation au travail en équipe et au partenariat. Elle devra nécessairement prendre en compte la continuité éducative définie dans le socle commun de connaissances et de compétences. Tout comme, elle devra prendre en compte la diversité des publics scolaires et former tous les enseignants à la pédagogie différenciée. L’intégration des IUFM aux universités doit renforcer le droit à la formation tout au long de la vie et activer les processus de validation des acquis de l’expérience (VAE) et de certification permettant des évolutions de carrière ou facilitant la mobilité professionnelle, soit vers d’autres corps de l’enseignement, soit éventuellement vers d’autres emplois de la fonction publique. 

Redéfinir le service des enseignants
L’évolution du métier d’enseignant implique une nouvelle définition du service qui en reconnaisse toutes les dimensions. Les activités menées en dehors des horaires de service doivent y être intégrées : concertation, accompagnement pédagogique des élèves, tutorat, réunions d’équipe éducative pour la scolarisation d’enfants en difficulté ou en situation de handicap, suivi individualisé, aide au travail méthodologique, relation avec les familles et avec l’environnement des établissements, périodes de formation en milieu professionnel, élaboration des projets d’école ou d’établissement, accompagnement et complément de formation à la VAE. Ce sont trois heures hebdomadaires qui doivent être dégagées dans les heures de service pour permettre l’aide aux élèves et la concertation au sein des établissements comme entre les niveaux scolaires. 

Revaloriser la profession
La reconnaissance accordée au métier d’enseignant doit être à la hauteur de sa complexité et des hautes compétences qu’il exige. Les comparaisons avec les pays de l’OCDE font apparaître que la France est assez mal placée en matière de rémunération de ses enseignants. Il serait illusoire d’espérer attirer et maintenir dans la profession des enseignants très qualifiés sans revaloriser leur rémunération. Il est donc impératif de revoir les grilles indiciaires. Ce n’est pas par le jeu des heures supplémentaires que l’on peut régler cette question.  

Améliorer les conditions de travail
L’évolution des pratiques des enseignants nécessite aussi une adaptation des locaux scolaires : petites salles pour des travaux en petits groupes, bureaux équipés, documentation, accès à l’informatique et à Internet, espaces numérique de travail… D’autre part, le ministère de l’Education nationale n’applique qu’à minima la réglementation de la Fonction publique sur la sécurité et la santé au travail. La multiplicité des tâches, les manifestations de la violence, la pénalisation des rapports sociaux, les pressions diverses exercées sur les enseignants sont autant de facteur qui contribuent à la détérioration de leur santé, comme le montrent diverses études. La médecine de prévention, les Comités d’hygiène et de sécurité, les partenariats avec la MGEN et la Justice doivent être renforcés afin que s’instaure une véritable politique de prévention, d’accompagnement et de suivi des enseignants tout au long de la carrière.

Une réflexion doit être engagée sur les fins de carrière maintenant que la longueur des carrières a été accrue par la réforme des retraites de 2003. Il faut offrir aux enseignants confrontés à une "usure professionnelle" ou souhaitant réorienter leur activité professionnelle des solutions en cherchant à mettre en place des passerelles - assorties des compléments de formation nécessaires – entre les différents corps comparables actuellement existants. Enfin, l’absence de toute action sociale digne de ce nom est d’autant plus sensible chez les jeunes enseignants que les aléas de la première affectation peuvent les conduire fort loin de chez eux. 

La fédération UNSA Éducation, attachée au dialogue social, souhaite vivement que les conclusions et propositions de votre commission soient soumises à concertation avec les syndicats et fédérations."





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